
Soirée Beethoven
Jean-François Heisser : piano
Christophe Coin : direction
Ouverture d’Egmont
en fa mineur op 84
Concerto pour piano n° 2
en si bémol majeur op. 19
Concerto n° 4 pour Piano
et Orchestre en sol majeur Op. 58
BEETHOVEN (1770 - 1827)
Ouverture d’Egmont en fa mineur op 84
Les ouvertures de Beethoven occupent une place particulière dans l’évolution d’un genre qui n’était,
originellement, que simple préambule au spectacle, souvent sans rapport musical avec l’opéra. Au XVIIe
siècle, l’ouverture adopta la forme sonate et se chargea, chez Gluck et Mozart, de résonances
particulières, évoluant en esquisse préparatoire au drame : incontestable mise en condition du
spectateur.
Beethoven en refondit totalement les formes et l’esprit pour en faire le microcosme de l’action à venir, ce qui allait susciter quelques problèmes ; par l’importance de leur contenu autant que par leurs proportions, ses
ouvertures risquaient de créer un déséquilibre, de faire double emploi avec le drame : aussi, trouvèrent-elles tout naturellement leur place au concert en tant que véritables poèmes symphoniques, ouvrant la voie aux recherches des romantiques et de Wagner.
Avec Egmont (1810), Beethoven entendait marquer sa fidélité absolue au drame de Goethe qu’il admirait
particulièrement. C’est un propos romantique que développe Egmont. L’action se passe aux Pays-Bas au 16e siècle ; on y voit le héros à la tête d’un soulèvement contre la tyrannie de Philippe II et les horreurs de l’Inquisition.
Un moment victorieux, Egmont finit sur l’échafaud. Le compositeur a évité toute grandiloquence pour mettre en valeur la force tranquille, la droiture, la bonté du héros.
Cette œuvre n’a pas pour objet de retracer l’évolution du drame, mais d’en évoquer l’atmosphère : le premier thème solennel et puissant, s’apparente aux notions de lutte, de courage. Le second, plus clair et élégiaque, symbolise l’amour de la liberté. Le développement traduit l’âpreté des combats. Enfin, la coda reprend des fragments de la "Symphonie de Victoire", car si le héros meurt, ce sera dans l’honneur, sans que son idéal ne disparaisse.
BEETHOVEN
Concerto pour piano n° 2
en si bémol majeur op. 19
- Allegro con brio
- Adagio
- Rondo (molto allegro)
Le concerto n° 2 vit le jour le premier entre la fin de 1794 et le début de 1795. Il est probable que Beethoven
retoucha l’œuvre en 1798 en allant la jouer à Prague, puis une dernière fois lorsqu’il la présente à l’éditeur en 1801. Le concerto appartient encore dans une certaine mesure au XVIIIe siècle, et sa partition se contente, pour les instruments à vent, des flûtes, hautbois, cors et bassons, sans clarinette ni trompette, et sans percussion.
Le concerto n° 2 demeure "le mal aimé", le moins mûr, le plus hésitant des cinq concertos, toutefois, malgré une apparence un peu légère, on perçoit en second plan, une réflexion plus intérieure ayant forme d’interrogation.
L’allegro initial développe deux thèmes, l’un rythmique et le second mélodique. Le geste du soliste est de mettre en valeur cette opposition.
Le second mouvement révèle un lyrisme intense auquel le piano participe décorativement.
Le rondo fait ressortir une certaine virtuosité. Le refrain enjoué présenté par le soliste est encadré de couplets évoquant des danses populaires.
BEETHOVEN
Concerto n° 4 pour Piano
et Orchestre en sol majeur Op. 58
- Allegro moderato
- Andante con moto
- Rondo vivace
"Plus inspiré, plus personnel que le troisième, moins grandiose que le cinquième, le quatrième Concerto
réalise un bel équilibre entre la sobriété de la forme et la diversité de la pensée créatrice" (Max Pinchard)
Esquissé en 1802-1803, le Concerto N° 4 en Sol Majeur, terminé au tout début de 1807, fut joué pour
la première fois le 22 Décembre 1808 à Vienne (en compagnie des cinquième et sixième symphonies).
Chef d’œuvre de la littérature du piano concertant, le quatrième Concerto établit un rapport entre le soliste et l’Orchestre de plus en plus intime.
Véritable innovation, le thème principal de l’Allegro Moderato est exposé par le soliste à découvert, avec une extrême simplicité. Dans ce mouvement de forme sonate, aucune rupture ne se fait entendre. La fluidité des idées mélodiques, rythmiques, harmoniques ou formelles est totale. Au cours du développement, le piano marque ses interventions avec hardiesse entraînant l’Orchestre à sa suite.
Le second mouvement, Andante con moto, d’une brièveté inhabituelle, exprime une forte opposition entre un thème rythmique, autoritaire, presque brutal, énoncé en accords par l’Orchestre et la tendre et plaintive mélodie du soliste. Le thème du départ semble se fragmenter, se dissoudre jusqu’à l’apaisement. L’Orchestre cède aux supplications du piano qui s’émeut peu à peu et s’exalte.
Le Rondo vivace, directement enchaîné, débute par un thème vif, d’allure légèrement syncopée, énoncé par les cordes, que le piano s’empresse d’adopter. La forme de ce Finale, (ABABAB), est basée sur l’alternance d’un refrain et d’un seul couplet varié, développé, qui assure l’unité mélodique tout en oscillant entre douceur et violence, telle l’empreinte du Beethoven symphoniste.
"... Le Concerto en sol majeur va donc être à la fois une symphonie pour orchestre et une fantaisie pour piano ; la merveille est qu’il réussisse à les unir tous deux en un seul chef d’œuvre, parfaitement harmonieux..."
(Jean et Brigitte Massin).
Directeur musical de l’Ensemble Baroque de Limoges, fondateur du Quatuor Mosaïques, violoncelliste et gambiste de renommée internationale, chef d’orchestre et chercheur, Christophe est reconnu comme l’un des plus mûrs et des plus créatifs
musiciens de son époque.
C’est à l’âge de 16 ans, en 1974, que ce caennais d’origine obtient son premier prix de violoncelle au Conservatoire National de Musique de Paris, dans la classe d’André Navarra. Il se perfectionne avec Nikolaus Hamoncourt à Vienne et avec Jordi Savall à la Schola Cantorum de Baie où il enseigne désormais. Christophe Coin joue ensuite au sein du Concentus Musicus de Vienne, puis avec Christopher Hogwood, avec qui il enregistre des sonates en trio de Purcell et des concertos de Haydn. En 1984, il accompagne Rudolf Noureev pour la création de son solo sur la Troisième Suite pour violoncelle seul de Jean-Sébastien Bach. La même année, il fonde le Quatuor Mosaïques avec trois musiciens autrichiens, Erich Höbarth, Andréa Bischof et Anita Mitterer, s’engageant dès lors sur la totalité de l’œuvre de chambre de Haydn, Mozart, Schubert et Beethoven. Ce travail approfondi du Quatuor s’étend également à la musique française telles les œuvres de Hyacinthe et Louis Emmanuel Jadin. Christophe Coin voit ses disques régulièrement couronnés des plus grandes récompenses, dont deux Gramophone Awards obtenus avec le Quatuor Mosaïques, décernés aux opus 20 et 33 de Haydn. Récemment, il a obtenu 4f de Télérama pour les Quatuors opus 18 n°1 et 4 de Beethoven.
En tant que soliste, Christophe Coin a donné de nombreux concerts aux côtés d’artistes tels que Patrick Cohen, Erich Höbarth, Monica Huggett, E. Istomin, Ton Koopman, Wieland Kuijken, Gustav Leonhardt, Wolfgang Meyer, R. Oleg, Scott Ross, Jordi Savall, Hopkinson Smith, Johann Sonnleitner...
Il est invité comme chef ou comme soliste par de grandes formations parmi lesquelles l’Orchestre des Champs-Elysées, le Concertgebouw d’Amsterdam, le Concentus Musicus de Vienne, l’Orchestra of the Age of Enlightenment, l’Academy of Ancient Music, les Orchestres nationaux de Lyon et de Lille, les Orchestres de Picardie, de Basse-Normandie et de Grenoble, l’Amsterdam Bach Solisten...
Egalement professeur, Christophe COIN est chargé des cours de violoncelle baroque et de viole de gambe au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et à la Schola Cantorum de Bâle. Il participe tous les ans aux Académies Internationales de Granada et d’Innsbrzöck et donne des master-classes dans différents conservatoires français.
En 1991, Christophe Coin prend la direction de l’Ensemble Baroque de Limoges avec lequel il explore les musiques des XVIIe et XVIIIe siécles.
"Musicien-chercheur", Christophe Coin travaille avec l’Ensemble aux côtés de musicologues, de luthiers et de chercheurs sur la facture et la technique des instruments anciens, en organisant régulièrement en Limousin depuis 1992 des colloques internationaux.
Il est membre du Comité Scientifique du Musée de la Musique/La Villette, membre du Conseil d’Administration de l’Université de Limoges et Président de la Société Française de Viole de gambe.
A l’image de son instrument, Jean-François Heisser vit
la musique de façon polyphonique et pratique le piano seul, concertant ou en formation de chambre en contrepoint de l’enseignement et de la direction artistique de festival ou d’orchestre.
Homme de réflexion autant que de sensibilité, né en 1950, il est de ces pianistes rares qui avancent sans ornières et sa formation au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris porte le sceau de cette
ouverture d’espnt : disciple du grand Vlado Perlemuter récemment disparu, il complète son Premier Prix de piano des plus hautes récompenses en musique de chambre, en accompagnement et en écriture. Ses
succés aux concours internationaux de Vianna da Motta (Lisbonne) et Jaen (Premier Prix, Espagne) lui
attirent l’estime de tous, aujourd’hui partagée par des chefs tels que Dutoit Conlon, Tilson Thomas, Krivine, Chung, Mehta, Segerstam et des orchestres tels que l’Orchestre de Paris, l’Orchestre Philharmonique et l’Orchestre National de Radio France, l’Orchestre de la Suisse Romande, le London Symphony Orchestra, le Royal Philharmonie Orchestra, l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich ...
Sous la baguette de Louis Langrée, il donne l’intégrale des concertos de Beethoven ; en 2001 il joue le premier concerto de Brahms à l’occasion d’un des derniers concerts du Maître E. Svetlanov En septembre 2002, dans le cadre du Festival "Piano aux Jacobins", il donne en création mondiale l’œuvre pour piano solo de Philippe Manoury "La Ville" et l’enregistre ensuite pour Prasa Le CD est sorti au printemps 2004.
Sa curiosité toujours en éveil inspire saisons de concerts et festivals, parmi lesquels La Roque-dAntheron, Saintes, Montreux, Kuhmo, Bratislava, Turin... Passionné par la musique espagnole il consacre un coffret de six disques devenus références aux œuvres pour piano de Falla Albéniz Granados, Mompou et Turina (Erato, 1996).
Il enregistre également Schumann, Bartók, Debussy , Dukas (Diapason d’Or de l’année, sélectionné par Télérama parmi les meilleurs disques de l’année) et Beethoven (Naïve, 2000).
Il joue régulièrement avec les Quatuors Prazak, Lindsay et Ysaye. Avec Marie-Josèphe Jude il partage le répertoire à quatre mains ou à deux pianos, et notamment les Danses hongroises de Brahms (Naïve, 2001) ; avec le violoniste et chef Peter Csaba, il renouvelle l’interprétation des deux sonates de Bartok, éditées en une version saluée par tous (Praga Digitals, 2001).
Depuis 1991, Jean-François Heisser transmet son expérience au CNSM de Paris II préside également l’Académie Maurice Ravel de Saint-Jean-de-Luz et assure la programmation des Soirées musicales d’Arles. En 2000, il a repris la direction artistique de l’Orchestre Poitou-Charentes choix encouragé dès la première année par le succés retentissant des concerts de La Folle Journée (Nantes) et de La Roque-d’Anthéron.
www.orchestre-poitou-charentes.com